Les anciens géographes chinois ont laissés des écrits et des cartes mentionnant un royaume qui a existé à l'Est du désert du Taklamakan ,sur l'itinéraire de la Route de la Soie. Ils mentionnent le lac Lop Nor, un lac salé d'une grande étendue. En 1876, le voyageur russe Nikolaï Przhevalsky, qui s'était aventuré dans la région, n'avait alors trouvé que deux petits lacs d'eau douce, un peu plus au sud qu'à l'endroit prévu.
L'explorateur suédois Sven Hedin entreprit alors de retrouver le mystérieux lac. Une fois sur place, il découvrit une chaîne de petits lacs ainsi que les traces d'une grande étendue d'eau asséchée. Sur les rives sableuses du grand lac disparu, se trouvait une oasis disparue contenant les ruines d'une ville: LOULAN.

Au cours de cette traversée continentale, Loulan représentait une étape bienvenue en plein désert. Cette Oasis était alimentait par le fleuve Tarim . Ce système fluvial se perd aujourd'hui dans les sables, mais à plusieurs reprises au cours de l'histoire, il forma et alimenta le grand lac du Lop Nor, ce qui permit aux habitants de Loulan de s'installer sur la route de la soie et de profiter de la richesse des caravanes qui y passaient. Puisqu'il représentait un passage obligé, le destin du royaume de Loulan fut très tôt lié à l'Empire du milieu.
En -139 Av J.-C., l'empereur chinois Wudi envoya un mandataire nommé Zhang Quian aux Yue-Zhi. Cette confédération de tribus d'origine probablement indo-européenne était alors très puissante. Les Chinois recherchaient son appui pour lutter contre les Xiongnu. Alors que l'importance économique de cette route augmentait, il devint de plus en plus important de la protéger contre les attaques des pillards.
Le royaume de Loulan devint un tampon entre les peuples ennemis, de sorte que son roi dut envoyer des fils en otage aussi bien chez les Xiongnus que chez les Chinois. Cette équilibre politique fut maintenu jusqu'en -77 quand l'envoyé impérial chinois Fu Jiezi profita d'un banquet pour tuer le roi de Loulan avant de faire placer sa tête sur l'une des tours de la porte du Nord de la ville. Dès lors, les Chinois contrôlèrent Loulan, qui devint le royaume de Shanshan, un état fantoche sous domination chinoise.

Les Découvertes
Hedin découvrit un bouddha de bois, dont la présence suggérait qu'en plus des marchandises, des idées religieuses circulaient par la route de la soie.
Les fouilles du royaume de Loulan s'interrompirent pendant près d'un demi siècle suite à la révolution chinoise et ne furent reprises qu'en 1979. Les nouvelles découvertes confirmèrent l'hypothèse proposée par Hedin: pendant que la soie était acheminée vers l'Ouest, le bouddhisme progressait vers l'Est à partir du territoire actuel de l'Afganistan. Ils constatèrent qu'il y'a plus de 3000 ans, les habitants de Loulan étaient de type européen.
Parmi les découvertes les plus importantes, on peut noter en 1980 celle de la dépouille d'une femme datant de 3 800 ans, qui a reçu le nom de « beauté de Loulan », ce qui a démontré l'ancienneté de la présence humaine dans la région. On y a également trouvé des cercueils colorés, des tapis, des pièces de monnaie, des porcelaines laquées, des ustensiles en bois gravé et des poteries.
Les archéologues ont aussi découvert une troisième source d'informations sur le royaume de Loulan devenu Shanshan: des documents formulés dans la langue d'Inde du Nord, le "prakri"t qu'on écrivait, entre le IIIème et le IVème siècle, en alphabet Karoshi. Le prakrit fut la langue administrative de l'empire Koushan, fondé par des Yue-Zhi à l'Ouest du massif du Pamir. Lorsque la Chine au IIème siècle de notre ère perdit de son influence par suite de conflits internes, le Kouchan atteignit son apogée.

Certaines historiens pensent que cet empire étendit son influence jusque dans la vallée du Tarim, et qu'il aurait même contrôlé le Shanshan. Située à quelque 600 km de la capitale, la dernière ville du royaume de Shanshan marquait la frontière avec le royaume de Khotan, qui lui même jouxtait l'empire des Kouchans.
Les documents en KAroshi retrouvés par les archéologues proviennent pour la plupart de Niya et quelques-uns de Loulan. Les linguistes ont découvert dans ces tablettes les noms de cinq rois du royaume de Shanshan du IIème siècle de notre ère: Pepiya, Tajaka, Amgvaka, Mahiri et Vasma.
En outre, une nouvelle analyse montra une influence du "tokharien" , une ancienne langue rattachée au groupe des langues indo-européennes.
Curieusement, cette langue était indo-européenne, et même plus proche des langues européennes que des langues indo-européennes parlées en Asie.
Peut on en conclure que les mystérieuses blondes portant chapeau de feutre et chaussures de cuir enterrées à Loulan et à Niya parlaient tokharien?
Selon la première des trois théories existant sur l'origine du tokharien, cette langue serait celle des Goutis, un peuple originaire d'Iran occidental, qui a conquis Babylone en -2180 avJ.-C.. Vaincus quelques centaines d'années plus tard par les Sumériens, les Goutis auraient été refoulés jusque dans le bassin du Tarim.
Selon une autre thèse, le tokharien serait apparu dans la région chinoise de Gansu (à l'Est du bassin du Tarim) ou dans l'Altaï, un massif situé au Nord du bassin du Tarim au Kasakhstan et en Mongolie. Quoi qu'il en soit, les découvertes faites dans le Taklamakan créent l'impression que le tokharien fut parlé dans le bassin du Tarim jusqu'aux premiers siècles de notre ère.

Comment le royaume de Loulan a-t-il disparu?
Le dernier des documents retrouvés à Loulan date de l'année 330. Il témoigne de l'avancée catastrophique du désert. Comme il l'a fait plusieurs fois au cours de l'histoire, le Tarim a probablement modifié son cours et a cessé d'apporter assez d'eau au lac de Lop Nor. Rien ne stoppa la progression du désert qui finit par chasser les habitants du royaume de Shanshan ...
