J'avais acheté un petit atelier rue du Nord, on y accédait par deux marches qui avait dût connaître les Romains tellement, elles étaient usées par les pieds des quidams, et des dites dames.
L'immeuble était vétuste, et la pièce au rez de chaussée donnait sur une verrière puis sur un petit jardin laissé à l'abondant. Il m'a fallu deux mois de travail pour tout remettre en état. Sur les quarante mètres carrés dont je devenais le propriétaire, j'installais mon atelier. Une longue table que j'avais chiné sur un marché de quartiers dont il fallait remplacer un pied, et que j'ai renforcé avec des tés en fer forgé et quelques armoires dont je me débarrassais des portes pour en faire des plans de rangement.
Les chevalets, j'en avais cinq, que je disposais de telle manière que je pouvais toujours les changer de place à ma convenance. Rien n'était figé, tout dans la mouvance. La verrière, où le Soleil lorsqu'il était haut dans le ciel en faisait une étuve, j'y installais des stores qui coulissaient dans des anneaux en acier, je pouvais ainsi les glisser le long du plafond verrier pour y faire pénétrer plus d'ombre que de lumière. Le jardin débarrassé de ses ronces, j'y plantais un parterre de fleurs, de mûriers et de framboisiers. Y installait un petit banc, un guéridon en fer forgé, et quelques outils de jardinage sous un auvent.
Et je laissais dame nature reprendre ses droits, d'herbes folles, de mauvaises herbes, et d'un roncier qui allait abriter quelques insectes. C'est là que je croquais la vie à pleines dents. J'allais de brocante en brocante, je cherchais de vieux cadres, des toiles qui avaient fait leurs temps, de paysages, en natures mortes, d'abstrait de quelques auteurs inconnus comme je l'étais moi-même.Je marchandais, discutaient les prix, tout un art. Je dégotais de vieilles revues, d'un habillement d'une autre époque, dont je me servirais plus tard. De personnages dont je dessinerais des membres longilignes, de femmes de toutes tailles qui rempliraient mes dessins d'essais. Destins aléatoires dont j'essaimais les murs par de petits croquis qui me serviraient là aussi.
L'entrée était libre, on pouvait déambuler dans l'atelier entre la table et les présentoirs, je gardais la verrière pour les travaux qui étaient en cours. Le jardin donnait sur un couloir d'air, pas de fenêtres que de petites ouvertures d'aération, pour toilettes où salles de bain. A 9 heures après avoir pris mon café au bar du coin, j'ouvrais l'atelier, jusqu'aux alentours de 18 heures, ensuite, j'entreprenais un travail de recherche, sur le petit ordinateur portable dont je m'étais doté. Je plantais un décor fait de toutes sortes d'envies, j'aimais l'aquarelle, tout autant que l'acrylique, je peignais l'huile . Je m'essayais à différentes sortes de technique, laissant choir certaines, lorsque le résultat était en dessous de tout. Lorsqu'on me présentait une carte postale, une photo, je disais que peut-être j'y arriverais, mais qu'il n'était pas question que je rende l'originale pour ne pas décevoir l'acheteur. Il était question de faire pour le mieux avec ma touche personnelle, on achetait alors la toile si elle convenait.
Je pensais de longues heures dans l'atelier, en ressortait souvent le cheveu ébouriffé sans avoir prit le temps de me sustenter, simplement perdu dans la création de lignes, de traits et de couleurs, d'espaces et de reliefs. Pour les nus dont parfois on désirait une reproduction, j'insistais sur le fait que je ne savais pas dessiner les visages, alors qu'on m'apporte des photos dans des postures choisies, mais avec l'ébauche d'un profil simplement. Je ne savais pas non plus reporter les contours et les formes chez un sujet vivant, j avais besoin de recul, de calculer calmement les proportions avant de les reporter sur la feuille où sur la toile. J'avais comme ça, un cercle d'habitué(e) s qui venaient régulièrement pour de petites aquarelles où même pour des toiles plus grandes à thème. Nous passions notre temps à convenir du sujet, de la grandeur du tableau et puis nous glissions vers des sujets complètement différents, sur notre mal-être, la vie qui devenait de plus en plus difficile, au final les journées étaient plus tôt bien remplies. Un soir à la fermeture, Madame M. se présenta, elle venait pour une commande un peu spéciale, sous couvert d'une révélation qui devait être discrète, elle me fit de nouveau entrer dans l'atelier, me disant, presque en chuchotant alors que nous étions que tous les deux, qu'elle désirait un nu, pour l'anniversaire des cinquante ans de son mari, boucher d'un autre quartier. Pour moi, les conditions étaient toujours les mêmes, une photo de préférence, un profil, pas de visage.
Elle ne désirait pas prendre de photo, ne
sachant pas à qui s'adresser, elle était prête à ce que cela se fasse
dans l'atelier, me désignant comme photographe attitré. La demande
était inhabituelle, d'autant plus que la dame, d'une quarantaine
assurée, était belle femme. Je n'avais pas d'état d'âme, lorsque je
peignais un nu qui était déjà sur papier glacé. Il me suffisait
d'agrandir la photo, de chercher les bonnes proportions et de poser mes
repères. Le travail en amont avait certainement déjà donné du plaisir
autant au photographe qu'au sujet, mais là, la demande était physique,
je devenais le dépositaire d'une envie. Et je n'étais même pas outillé.
Je lui dis que j'allais y réfléchir, sans hâte, ce n’était pas non !
mais que je n'avais jamais fait ce genre de photo et que je ne
disposais pas d'un appareil convenable. Elle me dit qu'elle n'était pas
pressée, que l'anniversaire n'aurait lieu que dans six mois et qu'elle
ne savait pas combien de temps, elle disposait pour que je puisse
terminer l'œuvre. C'est sûr qu'en six mois, elle ne me pressait pas, et
pendant qu'elle déambulait, je l'observais à la dérobée. Quel châssis,
il devait pas s'ennuyer Monsieur son mari.
- Je serais la première que vous croquerez comme ça, nue devant vous ?
- Oui, Madame, et j'avoue que c'est un peu difficile pour moi.
- Pourquoi ?
- Parce que vous êtes une belle femme!... Voilà pourquoi.
- C'est un compliment qui me va droit au cœur, me dit-elle avec un petit sourire.
- Revenez
en fin de semaine, j'aurais eu le temps de prendre quelques
renseignements pour savoir comment opérer, enfin, comment faire
surtout.
- Soit, nous nous reverrons, samedi. Elle quitta les
lieux, laissant derrière elle une fragrance exquise. Samedi, c'était
après demain, elle me mettait la pression sans le savoir.
Et parce qu’il fallait commencer
cette journée par quelque chose, j’ai commencé par me branler. Histoire de faire
quelque chose avec mes cinq doigts, parce que l’autre côté de la terrasse, il y
avait un « serpent ».
C’était la limite, entre le TOUT, et le rien. Ce truc ondulait, genre être de feu, où du moins de lumière. Ce truc s’insinuait insidieusement, genre truc originel à défaut d’être original, et serpentait dans ma mémoire.
Où avais-je déjà vu une plante pareille ?
En ayant sorti l’autre, du tiroir du boxer, il me paraissait déjà incroyablement long, et l’objet de ma recherche plongeait dans une eau carrelée, laissant échapper entre ses jambes jointes, un geyser de jouissance stérile.
Elle m’éclaboussait l’iris à travers les baies vitrées du frangin.
Ma main télescopait mon gland, pendant que ma vision zoomait les étagères de la quincaillière.
Et sans même m’en rendre compte, je tambourinais la fenêtre de mes certitudes branlantes. On peut éliminer un rêve, mais elle ne s’estompait pas, nageant un crawl parfait.
Je remontais ma pendule dans un rythme inégalé, entre l’ombre et le reflet de ma nuisette décalottée, genre jardin des délices, et je m’imaginais plongeant mon cordon dans son ventre chaleureux, genre soubrette le dimanche à la sortie de la messe.
J’arrêtais tout de go.
Il me fallait ce cul barbare pour mon gland voyeur. À mon tour, je plongeais dans le plus simple appareil.
Je nageais sous l’eau, comme dans le ventre maternel. En symbiose, elle en haut, moi en bas, je me retournais pour un dos crawlé sous l’eau, pas évident mais de grande beauté, genre le grand bleu. Elle avait le geste hardi dans l’eau froissée. Si je restais encore longtemps sous l’eau, j’allais mourir d’une mort fatale, je hissais le télescope, et le nez, pour ne pas mourir idiot, tel Némo.
Elle s’était adossée, et mes yeux la firent femme, pas un collage de bric et de broc, non, non, genre femme fatale.
-Pat, je suppose ?...
Elle déclinait dans ses yeux des variations glauques, qui me laissaient miroiter différents aspects dans le blême et le barbare.
Rien à foutre des sagas familiales.
Il me fallait du cul sain sans coussin, du réalisme triomphant.
Je l’ai prise sur la margelle, dans une interpénétration où je la reprenais sans cesse de sexe morcelé, une fois par devant pour l’assaisonné puis la fois d'après par le cul.
C’était ma culture du popotin et du "culinéaire" du ragoût.
Et ceci, inlassablement, j’étais un homme, rien qu’un homme, mais totalement.
Je venais de rencontrer l'inconnue.
Pas le moral,moi,ha la vache c'est dur de vieillir...
